« Enfin, la commémoration du cinquième centenaire de l'année 1492, qui vit la chute de Grenade et la fin de l'islam andalou, a encouragé certains publicistes à exalter la "tolérance" et le "pluralisme" qui régnaient en al-Andalus avant que les Rois Catholiques ne mènent à son terme la Reconquête. Fruits d'idéologies sommaires, ces diverses visions n'ont guère à voir avec ce que fut réellement la lutte qui opposa pendant neuf siècles-si l'on admet qu'elle se termine avec l'expulsion des Morisques- deux sociétés résolument antagonistes. En effet, les analyses de C.Sanchez Albornoz quant à l"hispanité" foncière de l'Islam andalou paraissent aujourd'hui bien contestables et il ne fait guère de doute que les habitants d'al-Andalus ont été musulmans avant d'être "espagnols". Deux mondes se sont affrontés de manière permanente, des siècles durant, et, comme l'a expliqué J. Perez[1], l'idéalisation qui entoure la mémoire de la Grenade des Nasrides ne doit pas faire illusion, "les deux civilisation au contact sont incompatibles. L'Espagne reconquérante s'est bâtie autour d'un idéal- on serait tenté d'écrire une idée fixe :refaire de la péninsule une terre chrétienne". Cela n'exclut pas les périodes de trêve, voir d'alliances ponctuelles entre princes chrétiens et musulmans. Cela n'exclut pas non plus l'existence de contacts culturels et le jeu des influences réciproques, mais la donnée fondamentale reste la guerre. "Entre maures et chrétiens, jamais d'armistice général ni durable sur toute la ligne de la frontière", seulement des paix ou des accords partiels, toujours fragiles»[2]
[1]J.Pérez, Isabelle et Ferdinand, Rois Catholiques d'Espagne, Paris, Fayard, 1988, p.245
[2]Ph. Contamine, La guerre au Moyen Age, Paris, PUF, "Nouvelle Clio",1980, p.45
Ph. Conrad, Histoire de la Reconquista, Paris, PUF, 1998, pp.5-6
samedi 20 janvier 2007
Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens(5)
mercredi 17 janvier 2007
Liberté de conscience(1)
Dans la "tolérante" al Andalus, les sectes musulmanes dissidentes sont impitoyablement massacrées.
«Par la suite apparut à Algesiras une secte dissidente dont les doctrines étaient semblables à celles que professaient les Kharidjites à l’époque où ils maintinrent en rebellion contre Ali, Mo’âwiya et contre leurs successeurs. Abd ibn Nasib écrivit à Al Akam quelques vers où il tentait de le dresser contre eux et l’incitait à leur reprocher ces nouveautés.
« Lance toi avec furie contre le lionceau qu’ils sont en train d’élever pour se rebeller contre toi. Avant qu’ils ne puissent envoyer vers toi une bête plus vigoureuse et adulte. »
Al-Akam quand il reçut ce poème dit « En effet, s’il plaît à Dieu, il faut agir ». Il alla en personne à Algesiras, campa devant les portes de la ville et passa au fil de l’épée la plupart de ses habitants. »
Iftitah al-Andalus Ibn Al QUT’iya cité in Claudio Sanchez-Albornoz L’espagne musulmane Tome1 pp. 336-367
dimanche 14 janvier 2007
Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens(4)
Mythique Andalousie
Chercher à situer dans l'histoire d'Al-Andalus - l'Andalousie -, partie de la péninsule Ibérique sous domination musulmane, un moment particulier de convivencia, d'esprit ouvert à un « multiconfessionnalisme », relève du mythe. Plus exactement, il révèle ce que l'historien Geary dans La Mémoire et l'oubli à la fin du premier millénaire (Aubier, 1996) appelle une manipulation des « fantômes de la mémoire » créés par des générations d'« historiens » au service d'une cause qui touche leur propre époque. A ce titre, deux postures sont possibles : l'un d'elles peut être résumée par ces propos du grand arabisant Jacques Berque (Andalousies dans Les Arabes, Actes Sud, 1981) : « J'appelle à des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l'inlassable espérance », conduisant à se dire : « Peu importait donc la réalité historique de l'Andalousie, pourvu qu'elle fournît la matière d'un projet d'avenir. »
jeudi 11 janvier 2007
Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens(3)
Lewis Bernard Le retour de l’islam in Islam Gallimard p.1086
mercredi 10 janvier 2007
Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens (2)
Guichard Pierre, Al-Andalus, Hachette, 2000 p.11
« Au tournant du IX et X siècle, la composition ethno-religieuse de la population a donc encore l’allure d’une mosaïque composite, où se juxtaposent plutôt qu’ils ne s’associent des éléments arabes, berbères et indigènes, musulmans et chrétiens, mais aussi juifs, toujours prêts à se dresser les uns contre les autres »
Ibid. p.68
mardi 9 janvier 2007
Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens(1)
« Il faut renoncer aussi à un autre mythe : celui d’une Espagne accueillante et tolérante. Il y a longtemps que l’historien Y.Baer a récusé le terme d’âge d’or que certains ont cru pouvoir employer pour désigner cette période de l’histoire des Juifs d’Espagne. Il fait observer que la prospérité des Juifs à cette époque n’a été possible que grâce à la négligence et au laxisme des autorités musulmanes, peu empressées d’appliquer rigoureusement le pacte de la dhimma. Cette prospérité était précaire ; bien loin d’être la conséquence d’une politique délibérée d’ouverture et de tolérante, elle dépendait entièrement de la bonne volonté, donc de l’arbitraire et du caprice des souverains. On peut faire les mêmes remarques à propos des mozarabes. La tolérance suppose l’absence de discrimination à l’égard des minorités. Ce n’est pas le cas dans l’Espagne musulmane, ni plus tard de l’Espagne reconquérante. Les maîtres du pays ont toujours été convaincus de la supériorité de leur foi. Juifs et mozarabes n’ont jamais été que des sujets de seconde catégorie. »
Perez Joseph, Histoire de l’Espagne, Fayard, 1996 p.46
mercredi 3 janvier 2007
Lumières d'Al-Andalùs
« De nombreux ouvrages de la grande bibliothèque de Cordoue avaient été détruits peu après son arrivée au pouvoir. Sous l’influence, semble-t-il, de Zubaidi, le précepteur du calife, il ordonna, cette fois, de brûler et de détruire les ouvrages traitant des sciences anciennes. Il convoqua les ulémas les plus renommés, les conduisit dans la grande bibliothèque de Hakam II, où il leur dit qu’il avait résolu de détruire les livres qui traitaient de philosophie, d’astronomie et d’autres sciences interdites par la religion. Il les pria de trier eux-mêmes les livres à détruire. Quand ils eurent accompli leur besogne, il en fit jeter une partie dans des puits, enfouir d’autres sous la terre. Puis il fit dresser des bûchers auxquels il mit lui-même le feu. C’était un acte de vandalisme impardonnable.[...] Comme il s’y attendait, cet acte odieux produisit un excellent effet parmi les ulémas et le peuple, d’autant plus qu’à partir de ce moment il manifesta une piété ostentatoire. Il se proclama le soutien de la religion et l’ennemi juré des philosophes. »
André Clot L’Espagne musulmane. Perrin, p.145
vendredi 1 décembre 2006
Tolérante Al-Andalùs : Une société raciste et esclavagiste (2)
<< Au dernier rang de la société d’al-Andalus par leur faiblesse numérique mais aussi par le peu de considération qui leur est portée, les esclaves africains. Quasi inexistants dans les années qui suivent la conquête, ils arrivent par petits groupes sous Abdar Rahman III, importés plus nombreux par Mansur. On n’en cite aucun qui soit parvenu, comme les sakaliba[esclaves des de l’Europe centrale et orientale]s, à de hautes fonctions dans les armée ou l’administration. Lorsqu’ils tentent, comme eux, de s’agiter, ils sont vite ramenés à la raison du plus fort. Ils sont présents dans l’armée ; il y a une garde noire, mais aux échelons les plus bas.Dans la société, on emploie les Noirs comme domestiques, et surtout comme concubines du maître de maison, où, dit-on, elles sont parfaites. Mais les fruits des unions croisées sont mal considérés. Les mulâtres sont méprisés et eux-mêmes haïssent la société qui les rejette. « Si vous voilà l’esprit tranquille par suite de mon départ, mon esprit l’est encore plus de vous avoir quittés »versifie l’un deux qui avait été contrait à l’exil.>>
André Clot L'espagne musulmane VIII-XV siècle, Perrin, 1999 p.239
QUATRIÈME DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Qui traite de l’influence exercée par l’air sur le caractère des hommes.
<< Nous avons tous remarqué que le caractère des Nègres se compose, en général, de légèreté, de pétulance et d’une vive gaieté : aussi les voit on se livrer à la danse chaque fois qu’ils en trouvent la moindre occasion ; de sorte que, partout, ils ont une réputation de folie. La véritable cause de ce phénomène est celle ci : selon un principe qui est bien établi dans les traités de philosophie, la joie et la gaieté résultent naturellement de la dilatation et de l’expansion des esprits animaux, tandis que la tristesse dérive de la cause contraire, c’est à dire de la contraction et de la condensation de ces esprits. On a constaté que la chaleur dilate l’air et la vapeur, les raréfie et en augmente le volume ; c’est pourquoi l’homme ivre éprouve une sensation inexprimable de joie et de plaisir. La cause en est que la vapeur de l’esprit qui réside dans le cœur se pénètre de cette chaleur innée que la force du vin excite naturellement dans l’esprit : alors cet esprit se dilate et produit une sensation qui a le caractère de la joie. Il en est de même de ceux qui prennent le plaisir d’un bain : lorsqu’ils en respirent la vapeur, et que la chaleur de cette atmosphère pénètre jusqu’à leurs esprits et les échauffe, il en résulte pour eux un sentiment de plaisir, qui souvent se manifeste par des chants joyeux.
Comme les Nègres habitent un climat chaud, que la chaleur prédomine sur leur tempérament, et que, d’après le principe de leur être, la chaleur de leurs esprits doit être en rapport direct avec celle de leurs corps et de leur climat, il en résulte que ces esprits, comparés à ceux des peuples du quatrième climat, sont extrêmement échauffés, se dilatent bien plus aisément, éprouvent un sentiment plus rapide de joie et de plaisir, et un degré d’expansion plus considérable : ce qui a pour résultat l’étourderie.>>
Ibn khaldun Prolégomènes
traduits en Français et commentés par William MAC GUCKIN, Baron DE SLANE, membre de l’Institut.Volume 1 p.213-214
disponible http://classiques.uqac.ca/classiques/Ibn_Khaldoun/Prolegomenes_t1/ibn_pro_I.doc
mercredi 29 novembre 2006
Tolérante al-Andalus : une société raciste et esclavagiste(1) ?
« Quant au marchand d’esclaves, il baigne quatre heures durant une esclave un peu trop basanée dans une préparation destinée à lui éclaircir la peau et utilise divers procédés pour fabriquer des fausses vierges. D’autres recettes relèvent moins directement du registre de la fraude, mais sont tout aussi pittoresques : on épile la jeune esclave avec de la chaux vive, des oeufs ou larve de foumi-sans doute en onguent- de l’huil où l’on a fait cuire des grenouilles ou des salamandres, on parfume les aisselles avec diverses préparations à l’eau de rose, on utilise des pâtes pour supprimer ou éclaircir les taches de la peau et les grains de beauté.Avec le commerce des esclaves, on touche à une autre dimension des activités commerciales, celle des trafics à longue distance de denrées de prix élevé, que nous connaissons en fait beaucoup moins bien que les activités journalières des souks »
Pierre Guichard Al-Andalus une histoire de l'Andalousie arabe 711-1492 p.163
Extrait d’une théorie de hiérarchisation des peuples selon le climat par Sa’id al Andalousi, cadi de la cité musulmane de Tolède au XI siècle :
« Entre le dernier des septs climats et les limites du monde habité, la distance excessive du soleil à la ligne du zénith rend l’air froid et l’atmosphère épaisse. De là viennent à ceux qui habitent le plus au nord un tempérament frigide, des humeurs âcres, un ventre bouffi, une coloration pâle et de longs cheveux plats. Il leur manque l’acuité de la compréhension, la clarté de l’intelligence, et c’est pourquoi ils baignent dans l’ignorance et l’apathie, l’absence de discernement et la stupidité. Tels sont les Slaves, les Bulgares et leurs voisins. A l’opposé, au voisinage et au-dessous de la ligne d’équinoxe, vers le sud, la longue présence du soleil au zénith rend l’air chaud et l’atmosphère ténue. C’est pourquoi les peuples qui vivent là ont le tempérament chaud et les humeurs ardentes, une couleur noire et des cheveux laineux. Il leur manque la maîtrise de soi et l’églité d’humeur, et ils sont dominés par l’inconstance, la bétise et l’ignorance. Tels sont les Noirs qui vivent aux limites de l’Ethiopie ; les Nubiens, les Zanj et leurs pareils. »
Sa’id Al-Andalusi, Tabaqat al-Umam, Paris, 1935 p.37,38
Tolérante Al-Andalus : une société d'apartheid (2)?
Charles emmanuel Dufourcq La vie quotidienne dans l’Europe médiévale sous domination arabe » p.161-168
[65] Simonet p.92
[66]Ibid. p.81,94,96,802 ; Amari : I, 620 ; Idriss : 178-179
[67] Simonet p. 84, 624, 802-803; Amari : I,p.618-620
[68] Simonet p. 85, 88, 802 ; Idriss p.171et 195
[69] Simonet p. 98
[70]Ibid. : p. 804
[71]Ibid. : p. 364
Tolérante Al-Andalus : une société d'apartheid(1) ?
« Les contacts des musulmans avec les chrétiens paraissent avoir été relativement limités », remarque Pierre Guichard[45]. Ce n’est pas étonnant. Les mahométans les plus croyants s’abstiennent toujours de parler à des « infidèles » ; si cela est inévitable, enseigne un faqi, il faut leur adresser la parole à distance, en prenant soin de ne pas frôler leurs vêtements[46]
Le fameux Malek ibn Anas(mort en 795), cadi de Médine, dont les préceptes sunnites, le malékisme, ont été suivis et utilisés comme règles de vie en Espagne, a défini de quelle manière le croyant (en Allah) doit se comporter. Interrogé pour savoir si l’on pouvait manger avec un « infidèle », il avait répondu : « Ce n’est pas défendu ; mais personnellement je ne cultuiverai pas l’amitié d’un chrétien »[47]
Dans une précieuse étude analytique de consultations juridiques, données par des muphtis de l’Occident musulman, l’un de nos islamologues actuels, H.R. Idris, a rassemblé une gerbe de citations instructives ; tel faqi affirme : « Mieux vaut ne pas fréquenter les gens d’une autre religion » ;et il précise on peut rendre service à un dhimmi et lui parler avec gentillesse, mais « non avec déférence ». Un autre « docteur de la loi » musulmane indique à l’un de ses coreligionnaires qui lui demande conseil : « Si un dhimmi te salue en disant : « Que le salue soit sur toi ! », réponds-lui « Sur toi ! », et rien de plus[48] »
D’ailleurs, il est interdit aux « infidèles » d’utiliser les mêmes formules de salutation et les mêmes paroles que les mahométans. Certes, les relations restent possibles : les muphtis admettent par exemple qu’un musulman puisse avoir un puits en commun avec un chrétien ; l’un deux explique pourquoi : « Ce n’est pas vicieux, car Allah n’interdit pas à ses fidèles de consommer la nourriture des dhimmi[49] »
N’empêche qu’un bon mahométan ne peut se lier avec « un polythéiste ».[50]
Chaque fois qu’un problème lui est soumis à propos de relations avec des chrétiens, tout faqi l’étudie à la lumière de ce verset du Coran, qu’il et toujours prêt à rappeler et commenter ; « Croyants ! Ne prenez pas infidèles pour confidents. Ils ne failliraient pas à vous pervertir : ils veulent votre perdition[51] ! »
Selon le savoir-vivre musulman, si un croyant éternue, son coreligionnaire qui est à proximité doit lui dire : « Qu’Allah ait pitié de toi ! » Mais –nuance- si c’est un dhimmi qui éternue, un musulman doit lui dire « Qu’allah te dirige pas le meilleur chemin ! », ou encore : « Qu’Allah t’améliore ! », phrases à double sens[52]. De même, il est recommandé aux mahométans de ne pas prendre de nouvelles d’un infidèle ni de sa « maisonnée ». Bref, envers juifs et chrétiens, il faut toujours « observer une certaine réserve ».[53]
De surcroît, des prohibitions existent. Il est formellement interdit à tout musulman de faciliter aux chrétiens la célébration de leurs fêtes, notamment de leur prêter ou louer des bêtes de somme à cette occasion[54]. L’Islam édicte de très nombreux préceptes, destinés à éviter que ne soient confondus infidèles et croyants. En Sicile, un indigène chrétien n’est pas autorisé à porter un nom propre en usage chez les musulmans. Dans al-Andalus, on n’admet pas qu’il puisse utiliser un surnom habituel chez les fidèles. En Sicile, les dhimmi sont obligés d’arborer un signe distinctif sur leurs vêtements : une sorte d’écusson ou d’insigne ; leurs turbans, s’ils en portent, doivent être d’une autre coupe ou d’une autre couleur que celles adoptées par les croyants ; si par mégarde, ils ont acquis un turban d’une couleur utilisée par les mahométans, ils ne doivent le placer sur leur tête qu’après en avoir teint autrement l’extrémité visible. Toujours en Sicile, le port d’une très large ceinture est imposé aux chrétiens : en cuir ou en laine, placée sur les habits d’une manière très voyante.
En espagne aussi, les infidèles sont tenus de ne pas avoir de vêtements ayant « la même coupe et la même forme » que ceux des musulmans, ni de chaussures de même type, ni « aucun vêtement luxueux ».[55]
Il est pareillement défendu aux dhimmi de se raser complètement la tête : on ne les autorise à tondre que la moitié antérieure du crâne. Cette curieuse réglementation est à comparer avec l’habitude hispanique des mèches sur le front : on entrevoit une sourde lutte de préceptes et de modes[56].
D’autres prescriptions sont dictées par la méfiance et la fierté : un dhimmi ne doit jamais porter d’épée ni aucune arme, ne pas en fabriquer, ne pas en avoir chez lui, il ne doit jamais discuter le pouvoir musulman ni ses décisions, ni nuire aux croyants d’aucune manière ; il est tenu de dénoncer aux autorités tout projet ou activité anti-islamique(espionnage, conspiration, fraude fiscale) et il ne doit parler qu’avec respect de la loi musulmane[57].
Plus encore : tout chrétien est, en une certaine mesure, au service des musulmans, il a l’obligation de donner l’hospitalité gratuite, avec vivre et couvert, à tout voyageur ou passant mahométan qui la lui demande.[58]
Enfin, de règles vexatoires sont en usage. Un « protégé » ne doit pas monter à cheval ; il lui faut se contenter des mules ou d’ânes ; encore doit-il s’y placer en amazone et non en cavalier, en n’utilisant que des selles et étriers pour animaux de bât et en n’empruntant, quand il est sur une de ces bêtes, que des chemins ou voies peu fréquentés.[59]
Toute infraction est sévèrement punie. Un muphti consulté au sujet d’un chrétien qui avait osé monter à cheval, déclare que ce coupable mérite vingt coups de fouet et un temps de prison[60].
Tout un « code de politesse et de respect » est imposé ; si un chrétien, monté sur une mule ou un âne, est amené à passer devant une mosquée, il doit descendre à terre dès qu’il voit l’édifice et passer devant lui à pied, à tenant sa monture par la bride. Sur la voie publique qu’il soit à pied ou monté, un dhimmi doit toujours céder le pas aux musulmans, en leur laissant le meilleur endroit où circuler. Si des infidèles sont assis en groupe, en plein air ou dans un lieu public, et qu’un musulman passe ou s’approche, entre ou sorte, ils doivent se lever ; ils doivent lui parler avec respect et lui céder un siège le cas échéant. Nulle part un dhimmi ne peut occuper une meilleure place-dans une réunion ou assemblée-qu’un mahométan[61]
Les maisons des infidèles, si elles sont proches des demeures musulmans, doivent être plus basses que celles-ci, car les incroyants ne doivent pas pouvoir regader de chez eux chez des mahométans. Ces maisons de dhimmi doivent porter un signe distinctif, pour que l’on sache qu’elles ne sont pas habitées par des musulmans. Aucune inscprition en caractères arabes ne doit figurer sur leurs portes. Il est de même interdit aux infidèles qui ont des boutiques de placer sur celles-ci des enseignes ou écriteaux rédigés dans la langue du Prophète[62].
Les femmes dhimmi ne peuvent entrer dans un hammam si des musulmanes s’y trouvent, et elles doivent en sortir si des musulmanes y arrivent ; cela est imposé au moins en Sicile[63]. Cette prescription ne semble pas appliquée pour les hommes dhimmi vis-à-vis des mahométans ; pourtant, le moindre contact est frappé d’interdit : « Un musulman qui a acheté un vêtement chrétien ne doit pas le porter quand il fait la prière.[64] » Il est vrai que les contactes impurs qui ont pu souiller le croyant avant une de ses oraisons sont lavés par les ablutions qui la précèdent. "
Notes p. 274 [La présentation des notes a été modifiée par rapport à l'original afin de permettre aux lecteurs de disposer des références complètes des ouvrages cités dans le texte ci-dessus]