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samedi 20 janvier 2007

Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens(5)

« Enfin, la commémoration du cinquième centenaire de l'année 1492, qui vit la chute de Grenade et la fin de l'islam andalou, a encouragé certains publicistes à exalter la "tolérance" et le "pluralisme" qui régnaient en al-Andalus avant que les Rois Catholiques ne mènent à son terme la Reconquête. Fruits d'idéologies sommaires, ces diverses visions n'ont guère à voir avec ce que fut réellement la lutte qui opposa pendant neuf siècles-si l'on admet qu'elle se termine avec l'expulsion des Morisques- deux sociétés résolument antagonistes. En effet, les analyses de C.Sanchez Albornoz quant à l"hispanité" foncière de l'Islam andalou paraissent aujourd'hui bien contestables et il ne fait guère de doute que les habitants d'al-Andalus ont été musulmans avant d'être "espagnols". Deux mondes se sont affrontés de manière permanente, des siècles durant, et, comme l'a expliqué J. Perez[1], l'idéalisation qui entoure la mémoire de la Grenade des Nasrides ne doit pas faire illusion, "les deux civilisation au contact sont incompatibles. L'Espagne reconquérante s'est bâtie autour d'un idéal- on serait tenté d'écrire une idée fixe :refaire de la péninsule une terre chrétienne". Cela n'exclut pas les périodes de trêve, voir d'alliances ponctuelles entre princes chrétiens et musulmans. Cela n'exclut pas non plus l'existence de contacts culturels et le jeu des influences réciproques, mais la donnée fondamentale reste la guerre. "Entre maures et chrétiens, jamais d'armistice général ni durable sur toute la ligne de la frontière", seulement des paix ou des accords partiels, toujours fragiles»[2]

[1]J.Pérez, Isabelle et Ferdinand, Rois Catholiques d'Espagne, Paris, Fayard, 1988, p.245
[2]Ph. Contamine, La guerre au Moyen Age, Paris, PUF, "Nouvelle Clio",1980, p.45

Ph. Conrad, Histoire de la Reconquista, Paris, PUF, 1998, pp.5-6

mercredi 17 janvier 2007

Liberté de conscience(1)

Dans la "tolérante" al Andalus, les sectes musulmanes dissidentes sont impitoyablement massacrées.


«
Par la suite apparut à Algesiras une secte dissidente dont les doctrines étaient semblables à celles que professaient les Kharidjites à l’époque où ils maintinrent en rebellion contre Ali, Mo’âwiya et contre leurs successeurs. Abd ibn Nasib écrivit à Al Akam quelques vers où il tentait de le dresser contre eux et l’incitait à leur reprocher ces nouveautés.
« Lance toi avec furie contre le lionceau qu’ils sont en train d’élever pour se rebeller contre toi. Avant qu’ils ne puissent envoyer vers toi une bête plus vigoureuse et adulte. »
Al-Akam quand il reçut ce poème dit « En effet, s’il plaît à Dieu, il faut agir ». Il alla en personne à Algesiras, campa devant les portes de la ville et passa au fil de l’épée la plupart de ses habitants.
»


Iftitah al-Andalus Ibn Al QUT’iya cité in Claudio Sanchez-Albornoz L’espagne musulmane Tome1 pp. 336-367

dimanche 14 janvier 2007

Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens(4)


Signe des temps ? Le mythe de la tolérance dans al-Andalus est remplacé peu à peu par de véritables analyses historiques. Après l'Histoire, l'autre magazine de vulgarisation du savoir historique [Historama] nous brosse un tableau des relations interconfessionnelles dans l'Espagne musulmane plus conforme à la "réalité"historique. Cependant, quelques éléments du mythe mériteraient d'être sérieusement nuancés(cf. "La communauté juive jouit d'une situation favorable,[...])





Mythique Andalousie






"Les relations entre musulmans et les autres gens du Livre (juifs et chrétiens) d'Al-Andalus relèvent davantage d'une cohabitation plus ou moins pacifique que d'un multiconfessionalisme assumé.
Chercher à situer dans l'histoire d'Al-Andalus - l'Andalousie -, partie de la péninsule Ibérique sous domination musulmane, un moment particulier de convivencia, d'esprit ouvert à un « multiconfessionnalisme », relève du mythe. Plus exactement, il révèle ce que l'historien Geary dans La Mémoire et l'oubli à la fin du premier millénaire (Aubier, 1996) appelle une manipulation des « fantômes de la mémoire » créés par des générations d'« historiens » au service d'une cause qui touche leur propre époque. A ce titre, deux postures sont possibles : l'un d'elles peut être résumée par ces propos du grand arabisant Jacques Berque (Andalousies dans Les Arabes, Actes Sud, 1981) : « J'appelle à des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l'inlassable espérance », conduisant à se dire : « Peu importait donc la réalité historique de l'Andalousie, pourvu qu'elle fournît la matière d'un projet d'avenir. »








L'autre posture est celle de l'historien « classique » qui tente de remettre en place les événements et les concepts dans leur chronologie, en répétant que la signification que l'on donne aujourd'hui au mot « tolérance » n'aurait aucun sens pour un clerc catalan ou asturien du Xe siècle ou castillan au XIIe siècle, ou bien pour un juriste de Cordoue à la même époque. Cette position est plus ardue, car elle demande des explications qui rendent moins réceptives des restitutions qui ne correspondent pas à ce que nos contemporains veulent entendre, comme le thème du paradis perdu, sorte de référence absolue qui rassure l'esprit en un temps d'un affrontement particulièrement fort, « sacro-sainte Andalousie, écrivait Jean Daniel, où, pendant une soixantaine d'années [avait] régné ce phénomène merveilleux et bouleversant qu'on a appelé l'esprit de Cordoue » (Le Nouvel Observateur, octobre 1994). Toutefois, ce procédé est plus utile à ceux qui veulent trouver des repères sérieux dans un passé qui apparaît comme le moment le plus intense de la confrontation entre islam et chrétienté, car il correspond à une réalité humaine possible. Si l'on adopte cette position, à la question : Al-Andalus, creuset multiconfessionnel ? la réponse est négative.








Les lettrés du Moyen Age sont gens de croyance et de droit. Ils nous ont laissé des écrits étayés par ces principes. Au contraire, la réalité du terrain est beaucoup plus difficile à saisir, par l'absence d'archives que ne compense pas l'abondance de la production littéraire. Sur le plan des principes, la réponse semble simple : le multiconfessionnalisme - islam, judaïsme, christianisme - n'existe que par défaut. Si l'on préfère, il est toléré faute de mieux et pour un temps limité, celui qui correspond à ce qui reste comme temps de vie terrestre avant l'échéance apocalyptique. La légitimité des conquérants arabes et musulmans repose sur le respect et la propagation de la charia, dont les souverains sont les garants. Seul l'islam est vérité, les autres religions, erreurs : le judaïsme et le christianisme sont des prophéties d'un même Dieu que celui de l'islam, dévoyées par leurs adeptes. Les paroles coraniques permettent à Mahomet de créer un cadre de cohabitation entre les musulmans et les « protégés » (dhimmî), qui donnent aux juifs, chrétiens et, un peu plus tard, zoroastriens, la possibilité de vivre avec les musulmans, mais selon des conditions qui les placent en situation d'infériorité dans une société soumise à la loi de l'islam par la conquête.




Donc, en principe, il n'est pas question d'une tolérance plaçant les confessions au même plan, mais d'un « arrangement » permettant de ménager les non-musulmans, très largement majoritaires dans les premiers temps de l'islam, à condition qu'ils reconnaissent la prééminence de la loi coranique. Il n'en va pas autrement en Al-Andalus : les juristes malikites, sous la conduite des émirs omeyyades de Cordoue, imposent ce cadre aux juifs et aux chrétiens.




Au-delà de la norme, saisir une réalité de cette cohabitation est beaucoup plus difficile. Dans l'ensemble, en Al-Andalus comme dans le reste du monde musulman, le gouvernement intervient le moins possible dans la vie des communautés. Seul le refus d'obéissance au pouvoir peut révéler leur existence ; les exemples s'avèrent finalement très rares. Au-delà, la situation des minorités évolue différemment. La communauté juive jouit d'une situation favorable, surtout par rapport à l'époque wisigothique ; le judaïsme vit un renouveau sous la bannière de l'islam, en particulier sur le plan des études religieuses et de la littérature sous toutes ses formes. En revanche, les mozarabes (chrétiens d'Espagne de langue arabe) subissent un déclin numérique progressif, plus marqué que dans les régions orientales ; mais l'absence de données chiffrées ouvre sur des postulats hypothétiques.




Ni l'attitude des autorités, ni la pression fiscale, plus forte sur les dhimmî, ni les événements frontaliers n'expliquent véritablement une situation qui touche l'ensemble des communautés chrétiennes en Islam. Pour Al-Andalus, une thèse récente de Cyrille Aillet sur les mozarabes permet de constater que le déclin qualitatif est postérieur au Xe siècle alors qu'on le faisait commencer un siècle plus tôt. En effet, l'arabisation des lettrés chrétiens les a assimilés à la culture musulmane et la perte du latin n'est pas forcément le résultat d'un déclin culturel ; l'adoption de l'arabe est plutôt un signe de dynamisme, d'adaptation comme en Orient à l'évolution culturelle, permettant une diffusion plus ample de leurs écrits, liturgiques en particulier. C'est au XIe siècle, que les premiers signes de déclin, marqué par une production littéraire plus faible, sont nettement visibles.




Qu'est-ce qui explique ce déclin ? Il tient probablement à une pression sociale de plus en plus forte de la population au fur et à mesure qu'augmente la proportion des musulmans ; la proximité de la frontière joue également : dès la fin du IXe siècle, une émigration des élites, cléricales surtout, renforce le mozarabisme dans le nord, mais affaiblit l'encadrement d'Al-Andalus. La guerre sur les frontières, surtout lorsque le rapport des forces s'inverse en faveur des Etats chrétiens, accentue le scepticisme. A ce moment, on note des déclarations qui marquent une crispation des milieux des hommes de loi. A partir du deuxième quart du XIIe siècle, avec la pression des chrétiens du nord, la situation des mozarabes se dégrade nettement : une expédition du roi Alphonse Ier d'Aragon en 1124, impliquant des communautés mozarabes, provoque une réaction légaliste des juges qui condamnent plusieurs d'entre elles à l'exil au Maroc. La proclamation de la fin de la protection des dhimmî, en 1160 dans l'ensemble de l'Empire almohade (Al-Andalus-Maghreb), accusés d'avoir soutenu les ennemis chrétiens, finit de faire disparaître un mozarabisme déjà moribond, et le geste relève plutôt du symbole.




Ce seraient donc les circonstances qui auraient influencé l'évolution des communautés religieuses minoritaires en Islam et plus particulièrement en Al-Andalus. Leurs élites, lettrés, savants, font partie de l'entourage princier et défendent leurs intérêts. Les chrétiens, devenus minoritaires et moins présents au sommet de la société, sont ballottés au gré des relations entre Etats, d'autant plus à proximité des frontières. La diminution de leur nombre et l'éloignement des chrétiens de la cour, surtout à partir du XIIe siècle, sont probablement des raisons fortes de leur marginalisation.




Si la conversion forcée n'existe pas, ils sont « minoritaires » dès la conquête arabe, selon la loi établie à partir des débuts de l'Islam, même lorsqu'ils sont plus nombreux, car les Etats médiévaux se légitiment au nom d'une religion universaliste et eschatologique, où seuls ceux qui sont dans la voie droite peuvent accéder au salut. Il n'y a donc pas multiconfessionnalisme, mais cohabitation temporaire. Après, l'attitude des autorités et des populations varie selon les circonstances : la période d'expansion en Méditerranée conduit les autorités islamiques, qui ont besoin des protégés, à une attitude de recul par rapport à des règles de différenciation qui apparaissent surtout au XIe siècle et au-delà : port vestimentaire distinctif, défense de toute marque ostentatoire, etc. Cette évolution est également le fruit d'une autre mutation : l'Islam s'inspire des modèles politiques et culturels antiques durant les premiers siècles. Avec la domination numérique et intellectuelle de l'islam, les références externes disparaissent peu à peu de la mémoire collective car ils n'ont plus de sens et l'islam, remarquablement servi par des générations de penseurs, se suffit à lui-même. Cette unité de référence est renforcée par une faible attirance pour les courants extérieurs, suspects d'innovation, donc d'hérésie. En revanche, si la « tolérance » n'est pas un concept médiéval, il est vrai que le statut de « protégés » est une nouveauté par rapport au christianisme qui, du coup, s'en inspirera, par exemple après la prise de Tolède en 1085, pour faire cohabiter les religions, avec le même esprit, loin de notre « tolérance multiconfessionnelle ».




jeudi 11 janvier 2007

Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens(3)




« Les grandes lignes de la légende, dans la forme simplifiée et dramatisée sous laquelle les grands événements historiques atteignent si souvent l’imagination populaire, étaient bien définies. Les juifs avaient prospéré dans l’Espagne musulmane, avaient été chassés de l’Espagne chrétienne, et avaient trouvé refuge dans la Turquie musulmane. La réalité était naturellement plus complexe, moins idyllique, moins unilatérale. Il y avait eu des moments de persécution sous les musulmans et des moments de prospérité sous l’autorité chrétienne en Espagne-et beaucoup d’Etats chrétiens, aussi bien que la Turquie, avaient donné asile aux réfugiés juifs espagnols. Même en ses meilleurs moments, l’Islam médiéval fut assez différent du tableau offert par Disraeli et par d’autres écrivains romantiques. L’âge d’or de l’égalité des droits était un mythe, et si l’on y croyait, c’était la conséquence plutôt que la cause de la sympathie juive pour l’islam. Le mythe fut inventé par des juifs d’Europe au XIX siècle comme un reproche adressé aux chrétiens-et repris par les musulmans de notre temps comme un reproche adressé aux juifs. »

Lewis Bernard Le retour de l’islam in Islam Gallimard p.1086

mercredi 10 janvier 2007

Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens (2)


« Dans une perspective européenne, ou plus largement euro-arabe, par ailleurs, on a trop souvent mythifié l’histoire d’Al-Andalus, où l’on a voulu voir, aussi bien en Occident que dans l’imaginaire arabe, à la fois un paradis perdu et le modèle de possibles « Andalousies » consensuelles du futur. Dans un article paru dans le Nouvel Observateur en octobre 1994, Jean Daniel évoquait une « sacro-sainte Andalousie où, pendant une soixantaine d’années environ, [avait] régné ce phénomène merveilleux et bouleversant qu’on a appelé ‘l’esprit de Cordoue ‘. Il est permis d’admirer les réalisations du califat de Cordoue et de constater que, dans sa phase centrale, il a correspondu effectivement à un moment de relatif apaisement des tensions ethno-religieuses qui ont si souvent marqué l’espaces méditerranéen au cours de l’histoire. Mais on n’est pas obligé de respecter le tabou qui semble parfois affecter une histoire d’al-Andalus excessivement marquée de volontarisme consensualiste et à laquelle on ne pourrait pas toucher de peur de détruire le fragile espoir entretenu de part et d’autre de la Méditerranée de retrouver un jour cet « esprit de Cordoue ». [...] « L’avenir, cependant, ne peut s’édifier sur des équivoques et des mythes, et al-Andalus, comme beaucoup d’épisodes de l’histoire où l’Occident et le monde arabe se sont rencontrés et confrontés, a souvent donné lieu à des interprétations quelque peu mythiques. »

Guichard Pierre, Al-Andalus, Hachette, 2000 p.11

« Au tournant du IX et X siècle, la composition ethno-religieuse de la population a donc encore l’allure d’une mosaïque composite, où se juxtaposent plutôt qu’ils ne s’associent des éléments arabes, berbères et indigènes, musulmans et chrétiens, mais aussi juifs, toujours prêts à se dresser les uns contre les autres »

Ibid. p.68

mardi 9 janvier 2007

Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens(1)

« Il faut renoncer aussi à un autre mythe : celui d’une Espagne accueillante et tolérante. Il y a longtemps que l’historien Y.Baer a récusé le terme d’âge d’or que certains ont cru pouvoir employer pour désigner cette période de l’histoire des Juifs d’Espagne. Il fait observer que la prospérité des Juifs à cette époque n’a été possible que grâce à la négligence et au laxisme des autorités musulmanes, peu empressées d’appliquer rigoureusement le pacte de la dhimma. Cette prospérité était précaire ; bien loin d’être la conséquence d’une politique délibérée d’ouverture et de tolérante, elle dépendait entièrement de la bonne volonté, donc de l’arbitraire et du caprice des souverains. On peut faire les mêmes remarques à propos des mozarabes. La tolérance suppose l’absence de discrimination à l’égard des minorités. Ce n’est pas le cas dans l’Espagne musulmane, ni plus tard de l’Espagne reconquérante. Les maîtres du pays ont toujours été convaincus de la supériorité de leur foi. Juifs et mozarabes n’ont jamais été que des sujets de seconde catégorie. »

Perez Joseph, Histoire de l’Espagne, Fayard, 1996 p.46

mercredi 3 janvier 2007

Lumières d'Al-Andalùs

« De nombreux ouvrages de la grande bibliothèque de Cordoue avaient été détruits peu après son arrivée au pouvoir. Sous l’influence, semble-t-il, de Zubaidi, le précepteur du calife, il ordonna, cette fois, de brûler et de détruire les ouvrages traitant des sciences anciennes. Il convoqua les ulémas les plus renommés, les conduisit dans la grande bibliothèque de Hakam II, où il leur dit qu’il avait résolu de détruire les livres qui traitaient de philosophie, d’astronomie et d’autres sciences interdites par la religion. Il les pria de trier eux-mêmes les livres à détruire. Quand ils eurent accompli leur besogne, il en fit jeter une partie dans des puits, enfouir d’autres sous la terre. Puis il fit dresser des bûchers auxquels il mit lui-même le feu. C’était un acte de vandalisme impardonnable.[...] Comme il s’y attendait, cet acte odieux produisit un excellent effet parmi les ulémas et le peuple, d’autant plus qu’à partir de ce moment il manifesta une piété ostentatoire. Il se proclama le soutien de la religion et l’ennemi juré des philosophes. »

André Clot L’Espagne musulmane. Perrin, p.145

vendredi 1 décembre 2006

Tolérante Al-Andalùs : Une société raciste et esclavagiste (2)

<< Au dernier rang de la société d’al-Andalus par leur faiblesse numérique mais aussi par le peu de considération qui leur est portée, les esclaves africains. Quasi inexistants dans les années qui suivent la conquête, ils arrivent par petits groupes sous Abdar Rahman III, importés plus nombreux par Mansur. On n’en cite aucun qui soit parvenu, comme les sakaliba[esclaves des de l’Europe centrale et orientale]s, à de hautes fonctions dans les armée ou l’administration. Lorsqu’ils tentent, comme eux, de s’agiter, ils sont vite ramenés à la raison du plus fort. Ils sont présents dans l’armée ; il y a une garde noire, mais aux échelons les plus bas.Dans la société, on emploie les Noirs comme domestiques, et surtout comme concubines du maître de maison, où, dit-on, elles sont parfaites. Mais les fruits des unions croisées sont mal considérés. Les mulâtres sont méprisés et eux-mêmes haïssent la société qui les rejette. « Si vous voilà l’esprit tranquille par suite de mon départ, mon esprit l’est encore plus de vous avoir quittés »versifie l’un deux qui avait été contrait à l’exil.>>

André Clot L'espagne musulmane VIII-XV siècle, Perrin, 1999 p.239





QUATRIÈME DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Qui traite de l’influence exercée par l’air sur le caractère des hommes.

<<
Nous avons tous remarqué que le caractère des Nègres se com­pose, en général, de légèreté, de pétulance et d’une vive gaieté : aussi les voit on se livrer à la danse chaque fois qu’ils en trouvent la moindre occasion ; de sorte que, partout, ils ont une réputation de folie. La véritable cause de ce phénomène est celle ci : selon un principe qui est bien établi dans les traités de philosophie, la joie et la gaieté résultent naturellement de la dilatation et de l’expansion des esprits animaux, tandis que la tristesse dérive de la cause contraire, c’est à dire de la contraction et de la condensation de ces esprits. On a constaté que la chaleur dilate l’air et la vapeur, les raréfie et en augmente le volume ; c’est pourquoi l’homme ivre éprouve une sensation inexprimable de joie et de plaisir. La cause en est que la vapeur de l’esprit qui réside dans le cœur se pénètre de cette chaleur innée que la force du vin excite naturellement dans l’esprit : alors cet esprit se dilate et produit une sensation qui a le caractère de la joie. Il en est de même de ceux qui prennent le plaisir d’un bain : lorsqu’ils en respirent la vapeur, et que la chaleur de cette atmos­phère pénètre jusqu’à leurs esprits et les échauffe, il en résulte pour eux un sentiment de plaisir, qui souvent se manifeste par des chants joyeux.
Comme les Nègres habitent un climat chaud, que la chaleur pré­domine sur leur tempérament, et que, d’après le principe de leur être, la chaleur de leurs esprits doit être en rapport direct avec celle de leurs corps et de leur climat, il en résulte que ces esprits, comparés à ceux des peuples du quatrième climat, sont extrêmement échauf­fés, se dilatent bien plus aisément, éprouvent un sentiment plus ra­pide de joie et de plaisir, et un degré d’expansion plus considérable : ce qui a pour résultat l’étourderie
.>>

Ibn khaldun Prolégomènes
traduits en Français et commentés par William MAC GUCKIN, Baron DE SLANE, membre de l’Institut.Volume 1 p.213-214
disponible http://classiques.uqac.ca/classiques/Ibn_Khaldoun/Prolegomenes_t1/ibn_pro_I.doc

mercredi 29 novembre 2006

Tolérante al-Andalus : une société raciste et esclavagiste(1) ?

« Quant au marchand d’esclaves, il baigne quatre heures durant une esclave un peu trop basanée dans une préparation destinée à lui éclaircir la peau et utilise divers procédés pour fabriquer des fausses vierges. D’autres recettes relèvent moins directement du registre de la fraude, mais sont tout aussi pittoresques : on épile la jeune esclave avec de la chaux vive, des oeufs ou larve de foumi-sans doute en onguent- de l’huil où l’on a fait cuire des grenouilles ou des salamandres, on parfume les aisselles avec diverses préparations à l’eau de rose, on utilise des pâtes pour supprimer ou éclaircir les taches de la peau et les grains de beauté.Avec le commerce des esclaves, on touche à une autre dimension des activités commerciales, celle des trafics à longue distance de denrées de prix élevé, que nous connaissons en fait beaucoup moins bien que les activités journalières des souks »

Pierre Guichard Al-Andalus une histoire de l'Andalousie arabe 711-1492 p.163




Extrait d’une théorie de hiérarchisation des peuples selon le climat par Sa’id al Andalousi, cadi de la cité musulmane de Tolède au XI siècle :


« Entre le dernier des septs climats et les limites du monde habité, la distance excessive du soleil à la ligne du zénith rend l’air froid et l’atmosphère épaisse. De là viennent à ceux qui habitent le plus au nord un tempérament frigide, des humeurs âcres, un ventre bouffi, une coloration pâle et de longs cheveux plats. Il leur manque l’acuité de la compréhension, la clarté de l’intelligence, et c’est pourquoi ils baignent dans l’ignorance et l’apathie, l’absence de discernement et la stupidité. Tels sont les Slaves, les Bulgares et leurs voisins. A l’opposé, au voisinage et au-dessous de la ligne d’équinoxe, vers le sud, la longue présence du soleil au zénith rend l’air chaud et l’atmosphère ténue. C’est pourquoi les peuples qui vivent là ont le tempérament chaud et les humeurs ardentes, une couleur noire et des cheveux laineux. Il leur manque la maîtrise de soi et l’églité d’humeur, et ils sont dominés par l’inconstance, la bétise et l’ignorance. Tels sont les Noirs qui vivent aux limites de l’Ethiopie ; les Nubiens, les Zanj et leurs pareils. »

Sa’id Al-Andalusi, Tabaqat al-Umam, Paris, 1935 p.37,38

Tolérante Al-Andalus : une société d'apartheid (2)?



Dans tout cet ensemble de lois, la pire est sans doute le rituel imposé pour le paiement de la capitation, tel qu’il est décrit dans un manuscrit arabe conservé à la bibliothèque de l’Escurial, pour les dhimmi qui vivent non dans une zone ou ville autonome, mais dans le dar al-Islam, comme membre d’une communauté infidèle dans un quartier urbain, dans un faubourg ou à la campagne. Ce paiement a lieu à jour fixe, une fois par mois, en public. Les musulmans qui assistent à cette séance ont le droit de bousculer et rudoyer l’infidèle qui vient « faire acte de soumission » en payant son tribut personnel ; ils cirent effectivement à cet « impie » : « Oh ! Ennemi d’Allah, paye la capitation ! » C’est une sorte de spectacle. Chacun de ceux qui doivent payer est tenu de se présenter personnellement, ne pouvant envoyer un émissaire à sa place : il doit donc entrer dans la pièce où se trouve le percepteur musulman, qui se tien normalement assis à l’orientale, sur une natte ou un tapis ; il doit rester debout devant lui ; puis, en lui tendant son argent[65] Ce cérémonial s’applique d’une manière relativement enjouée et non dénuée d’une certaine camaraderie condescendante. Il n’ en est pas moins humiliant. Mais est-il souvent en vigueur ? On peut se le demander car les impôts sont parfois affermés ; il est vrai que l’affermage ne semble effectué que pour la contribution foncière ; la capitation payable en numéraire et suivant un tarif fixe, a pu facilement échapper à ce mode de perception. Quant aux préposé aux impôts, dans les communautés de dhimmi, ils semblent avoir été des comptables-et agents recenseurs-, plus que des percepteurs à proprement parler.Tout ce qui touche à l’essentiel, c’est-à-dire à la religion, est entouré de règles strictes et d’interdits. Si dans un ménage chrétien, la femme se convertit à l’Islam, le mariage est automatiquement rompu ; au contraire si c’est le mari qui devient musulman, sa femme, même si elle reste chrétienne, est obligée de rester son épouse.Un chrétien ne peut hériter d’un mahométan, sauf,-nous l’avons dit- s’il est esclave et si c’est son maître qui lui fait un petit legs en mourant. Si l’esclave d’un dhimmi se convertit à l’Islam, il doit être immédiatement vendu à un musulman. Un infidèle ne peut avoir à son service aucun mahométan, même comme salarié. Il est interdit aux chrétiens d’apprendre le Coran et d’en parler à leurs enfants, de même qu’il leur est défendu de parler du Christ avec des musulmans. Si l’Islam admet que ces « polythéistes » gardent des églises, ils n’ont pas pourtant pas le droit d’en construire de nouvelles, ni de nouveaux couvent ou ermitages ; ils ne sont pas davantage autorisés à surélever leurs anciens édifices religieux ; ils ont seulement le droit de les maintenir en bon état, mais il ne leur est pas permis de réparer ceux d’entre eux qui se seraient détériorés, surtout s’ils sont dans un quartier musulman. Tout est prévu dans le moindre détail : il est interdit de remplacer dans ces édifices, des murs ou constructions de brique crue par des éléments en pierre ; si une église était en construction avec une façade inachevée au moment de l’incorporation de son territoire au dar al-Islam, la façade ne doit pas être terminée ; seuls des achèvements intérieurs sont possibles ; ne sont licites que des « surélèvements de portes d’églises », « s’ils sont rendus nécessaires par un exhaussement du sol »[66]Eglises et chapelles doivent être ouvertes constamment, de jour et de nuit ; les voyageurs musulmans qui le désirent doivent y être logés et nourris durant trois jours. A l’intérieur d’un église, on ne doit sonner cloches et clochettes que très doucement, « en faisant le moins de bruit possible », et il est interdit de « trop élever la voix » en priant, surtout si un musulman se trouve l’édifice.Aucune croix ne doit être placée à l’extérieur d’aucun bâtiment. Quand les prêtres se rendent au domicile d’un mourant ou d’un malade, ils ne doivent transporter d’une manière visible ni croix ni Evangiles, s’ils passent par des rues ou des chemin que des musulmans peuvent fréquenter. Lors des cortèges funèbres qui ne peuvent jamais être pompeux, les prières n’ont pas être dites à haute voix, et les cierges allumés sont prohibés dans les rues où vivent des musulmans. Il faut voiler le visage du défunt qui est transporté suivant l’usage médiéval sur un « brancard mortuaire ». Les chrétiens doivent être enterrés dans des cimetières qui leur sont propres, éloignés de ceux des musulmans, mais leurs familles sont parfaitement libres de placer sur les tombes des inscriptions religieuses en latin[67]En aucune circonstance et sous aucun prétexte, des processions chrétiennes ne peuvent passer dans des rues musulmanes ni dans les souks, avec des statues, des palmes, des cierges ou des chandelles. D’aucune manière, un « polythéiste » ne doit tenter de propager ses erreurs religieuses auprès des musulmans. D’ailleurs, un mahométan qui devient chrétien est immédiatement condamné à mort, même s’il est un ancien chrétien qui s’était provisoirement converti à l’Islam. Est aussi passible de la peine de mort tout chrétien, homme ou femme, qui nie la divinité d’Allah en prétendant que Jésus est Dieu, en disant de Mohammed qu’il est un faux Prophète, en dénigrant le Coran, ou en blasphémant[68]Bien que tout soit fait pour éviter promiscuité et contacts entre musulmans et chrétiens, des relations de coexistence s’établissent qui peuvent conduire à des querelles ; les deux parties en présence ne sont pas alors jugées suivant les mêmes critères : un dhimmi qui tue un mahométan peut être condamné à mort, quelles que soient les circonstances du meurtre, tandis qu’un croyant qui assassine un infidèle n’est passible de mort que s’il est convaincu de préméditation et de perfidie. Si, pour un tel meurtre, un musulman est condamné à verser une indemnité à la famille de la victime chrétienne, cette compensation est chiffrée à quatre cents dirhem ; mais s’il en acquitte une pour avoir tué un musulman, elle s’élève au double[69]En matière de droit civil, il existe également des critères de différenciation : en aucun cas, par exemple, un chrétien ne peut se rendre acquéreur d’un esclave capturé par des croyants ; et des associations commerciales entre dhimmi et musulmans ne sont possibles qui si leur direction appartient à l’un de ces derniers[70]Ainsi, toute une série de prescriptions variées régit les rapports entre infidèles et croyants. Leur nature religieuse les insère dans la Loi inflexible et inéluctable. Le plus grave est qu’elles suscitent parfois la haine et la violence contre les « protégés ». Il arrive, ici ou là, qu’une foule musulmane, où les néo-convertis se distinguent par leur arrogance, insulte et trouble des célébrations du culte chrétien, surtout les enterrements , au passage de ces cortèges funèbres, s’élèvent parfois des cris passionnés dictés par l’aversion : « Allah ! Ne sois pas miséricordieux à ces infidèles ! » Les plus excités lancent des pierres et des immondices vers le brancard mortuaire et vers les prêtres. Quand ceux-ci se déplacent isolés, ils sont parfois pris à partie par la populace, surtout par les enfants, qui s’amusent à leur jeter des pierres, en chantant quelque couplet burlesque tournant la croix en dérision[71].Certes, l’Islam n’admet pas ces excès et, en général, les autorités veillent au respect du statut des dhimmi, mais les simples transforment aisément le mépris condescendant en hargne déchaînée.


Charles emmanuel Dufourcq La vie quotidienne dans l’Europe médiévale sous domination arabe » p.161-168


[65] Simonet p.92

[66]Ibid. p.81,94,96,802 ; Amari : I, 620 ; Idriss : 178-179

[67] Simonet p. 84, 624, 802-803; Amari : I,p.618-620

[68] Simonet p. 85, 88, 802 ; Idriss p.171et 195

[69] Simonet p. 98

[70]Ibid. : p. 804

[71]Ibid. : p. 364

Tolérante Al-Andalus : une société d'apartheid(1) ?






« Les contacts des musulmans avec les chrétiens paraissent avoir été relativement limités », remarque Pierre Guichard[45]. Ce n’est pas étonnant. Les mahométans les plus croyants s’abstiennent toujours de parler à des « infidèles » ; si cela est inévitable, enseigne un faqi, il faut leur adresser la parole à distance, en prenant soin de ne pas frôler leurs vêtements[46]
Le fameux Malek ibn Anas(mort en 795), cadi de Médine, dont les préceptes sunnites, le malékisme, ont été suivis et utilisés comme règles de vie en Espagne, a défini de quelle manière le croyant (en Allah) doit se comporter. Interrogé pour savoir si l’on pouvait manger avec un « infidèle », il avait répondu : « Ce n’est pas défendu ; mais personnellement je ne cultuiverai pas l’amitié d’un chrétien »[47]
Dans une précieuse étude analytique de consultations juridiques, données par des muphtis de l’Occident musulman, l’un de nos islamologues actuels, H.R. Idris, a rassemblé une gerbe de citations instructives ; tel faqi affirme : « Mieux vaut ne pas fréquenter les gens d’une autre religion » ;et il précise on peut rendre service à un dhimmi et lui parler avec gentillesse, mais « non avec déférence ». Un autre « docteur de la loi » musulmane indique à l’un de ses coreligionnaires qui lui demande conseil : « Si un dhimmi te salue en disant : « Que le salue soit sur toi ! », réponds-lui « Sur toi ! », et rien de plus[48] »
D’ailleurs, il est interdit aux « infidèles » d’utiliser les mêmes formules de salutation et les mêmes paroles que les mahométans. Certes, les relations restent possibles : les muphtis admettent par exemple qu’un musulman puisse avoir un puits en commun avec un chrétien ; l’un deux explique pourquoi : « Ce n’est pas vicieux, car Allah n’interdit pas à ses fidèles de consommer la nourriture des dhimmi[49] »
N’empêche qu’un bon mahométan ne peut se lier avec « un polythéiste ».[50]
Chaque fois qu’un problème lui est soumis à propos de relations avec des chrétiens, tout faqi l’étudie à la lumière de ce verset du Coran, qu’il et toujours prêt à rappeler et commenter ; « Croyants ! Ne prenez pas infidèles pour confidents. Ils ne failliraient pas à vous pervertir : ils veulent votre perdition[51] ! »
Selon le savoir-vivre musulman, si un croyant éternue, son coreligionnaire qui est à proximité doit lui dire : « Qu’Allah ait pitié de toi ! » Mais –nuance- si c’est un dhimmi qui éternue, un musulman doit lui dire « Qu’allah te dirige pas le meilleur chemin ! », ou encore : « Qu’Allah t’améliore ! », phrases à double sens[52]. De même, il est recommandé aux mahométans de ne pas prendre de nouvelles d’un infidèle ni de sa « maisonnée ». Bref, envers juifs et chrétiens, il faut toujours « observer une certaine réserve ».[53]
De surcroît, des prohibitions existent. Il est formellement interdit à tout musulman de faciliter aux chrétiens la célébration de leurs fêtes, notamment de leur prêter ou louer des bêtes de somme à cette occasion[54]. L’Islam édicte de très nombreux préceptes, destinés à éviter que ne soient confondus infidèles et croyants. En Sicile, un indigène chrétien n’est pas autorisé à porter un nom propre en usage chez les musulmans. Dans al-Andalus, on n’admet pas qu’il puisse utiliser un surnom habituel chez les fidèles. En Sicile, les dhimmi sont obligés d’arborer un signe distinctif sur leurs vêtements : une sorte d’écusson ou d’insigne ; leurs turbans, s’ils en portent, doivent être d’une autre coupe ou d’une autre couleur que celles adoptées par les croyants ; si par mégarde, ils ont acquis un turban d’une couleur utilisée par les mahométans, ils ne doivent le placer sur leur tête qu’après en avoir teint autrement l’extrémité visible. Toujours en Sicile, le port d’une très large ceinture est imposé aux chrétiens : en cuir ou en laine, placée sur les habits d’une manière très voyante.
En espagne aussi, les infidèles sont tenus de ne pas avoir de vêtements ayant « la même coupe et la même forme » que ceux des musulmans, ni de chaussures de même type, ni « aucun vêtement luxueux ».[55]
Il est pareillement défendu aux dhimmi de se raser complètement la tête : on ne les autorise à tondre que la moitié antérieure du crâne. Cette curieuse réglementation est à comparer avec l’habitude hispanique des mèches sur le front : on entrevoit une sourde lutte de préceptes et de modes[56].
D’autres prescriptions sont dictées par la méfiance et la fierté : un dhimmi ne doit jamais porter d’épée ni aucune arme, ne pas en fabriquer, ne pas en avoir chez lui, il ne doit jamais discuter le pouvoir musulman ni ses décisions, ni nuire aux croyants d’aucune manière ; il est tenu de dénoncer aux autorités tout projet ou activité anti-islamique(espionnage, conspiration, fraude fiscale) et il ne doit parler qu’avec respect de la loi musulmane[57].
Plus encore : tout chrétien est, en une certaine mesure, au service des musulmans, il a l’obligation de donner l’hospitalité gratuite, avec vivre et couvert, à tout voyageur ou passant mahométan qui la lui demande.[58]
Enfin, de règles vexatoires sont en usage. Un « protégé » ne doit pas monter à cheval ; il lui faut se contenter des mules ou d’ânes ; encore doit-il s’y placer en amazone et non en cavalier, en n’utilisant que des selles et étriers pour animaux de bât et en n’empruntant, quand il est sur une de ces bêtes, que des chemins ou voies peu fréquentés.[59]
Toute infraction est sévèrement punie. Un muphti consulté au sujet d’un chrétien qui avait osé monter à cheval, déclare que ce coupable mérite vingt coups de fouet et un temps de prison[60].
Tout un « code de politesse et de respect » est imposé ; si un chrétien, monté sur une mule ou un âne, est amené à passer devant une mosquée, il doit descendre à terre dès qu’il voit l’édifice et passer devant lui à pied, à tenant sa monture par la bride. Sur la voie publique qu’il soit à pied ou monté, un dhimmi doit toujours céder le pas aux musulmans, en leur laissant le meilleur endroit où circuler. Si des infidèles sont assis en groupe, en plein air ou dans un lieu public, et qu’un musulman passe ou s’approche, entre ou sorte, ils doivent se lever ; ils doivent lui parler avec respect et lui céder un siège le cas échéant. Nulle part un dhimmi ne peut occuper une meilleure place-dans une réunion ou assemblée-qu’un mahométan[61]
Les maisons des infidèles, si elles sont proches des demeures musulmans, doivent être plus basses que celles-ci, car les incroyants ne doivent pas pouvoir regader de chez eux chez des mahométans. Ces maisons de dhimmi doivent porter un signe distinctif, pour que l’on sache qu’elles ne sont pas habitées par des musulmans. Aucune inscprition en caractères arabes ne doit figurer sur leurs portes. Il est de même interdit aux infidèles qui ont des boutiques de placer sur celles-ci des enseignes ou écriteaux rédigés dans la langue du Prophète[62].
Les femmes dhimmi ne peuvent entrer dans un hammam si des musulmanes s’y trouvent, et elles doivent en sortir si des musulmanes y arrivent ; cela est imposé au moins en Sicile[63]. Cette prescription ne semble pas appliquée pour les hommes dhimmi vis-à-vis des mahométans ; pourtant, le moindre contact est frappé d’interdit : « Un musulman qui a acheté un vêtement chrétien ne doit pas le porter quand il fait la prière.[64] » Il est vrai que les contactes impurs qui ont pu souiller le croyant avant une de ses oraisons sont lavés par les ablutions qui la précèdent. "
Charles emmanuel Dufourcq La vie quotidienne dans l’Europe médiévale sous domination arabe » p.161-168


[L'auteur est agrégé d'histoire, docteur ès lettres, professeur du Moyen Age à l'Université de Paris(Nanterre); Il est membre correspondant de la Real Academi de Buenas Lettras]

Notes p. 274 [La présentation des notes a été modifiée par rapport à l'original afin de permettre aux lecteurs de disposer des références complètes des ouvrages cités dans le texte ci-dessus]


[45] : Guichard : al-Andalus,Barcelone, 1976 p.33


[46] : Simonet Historia de los mozarabes de Espagna, Amsterdam, 1967 p.364


[47] Ibid. : p.82


[48] Idriss :"Les tributaires en Occident Musulman médiéval", Mélanges Armand Abel, Leyde,1974 p. 178


[49]Ibid. : p.184


[50]Simonet p. 81


[51]Le Coran : III 114/118


[52]Simonet p. 79


[53]Idriss p. 178


[54]Ibid. : p. 183


[55]Amari Storia dei Musulmani di Sicilia Gallino, 3 volume, Catane 1933-1939 p.55 ; Simonet : p. 79-80


[56]Simonet p.79 -80 cf supra nos page 158 -159 de ce livre


[57]Simonet p. 77, 79 et 80 Amari I,617


[58] Simonet p.92


[59]Ibid. p. 80 Amari I, 167


[60]Idriss : p.172


[61] Amari I, 617 ;II, 619; Simonet : p.80


[62] Amari I, 617 ; Simonet p. 80 -802


[63] Amari : I, 617


[64] Idriss, p.173